Dossier de presse
La genèse de l’abstraction poétique
« Le charme que possède la peinture abstraite est d’enchanter sans
représenter. »
Jean CLair
Toute forme artistique s’inscrit dans une descendance. Il
n’existe pas de mouvement artistique qui se génère de lui-même. Dans le domaine
musical, par exemple, Gabriel Fauré et Reynaldo Hahn
sont revenus à la simplicité et aux colorations de la musique baroque pour
inventer le « modernisme ». L’école de Vienne, avec Schönberg, Berg
et Webern, même si elle rompt avec la grandiloquence wagnérienne, est en
continuité avec l’expressionnisme allemand, qui trouve ses origines dans le
tout premier romantisme et même en deçà, au cœur des mythologies germaniques.
Il en est de même pour la peinture. La difficulté que
ressent, encore aujourd’hui, un public non préparé à apprécier la peinture
« abstraite », demande de proposer quelques repères pour s’y
retrouver. (Surtout que l’art dit « concret », uniquement
conceptuel, est dans la réalité beaucoup plus abstrait que ce que l’on appelle
« abstraction » en peinture. Le jeu de mot provocateur ne vient pas
faciliter la compréhension du paysage artistique contemporain…)
Qu’entend-on
par abstraction en peinture ?
L'abstraction naît en 1910 avec les peintres russes Wassily
Kandinsky et Piet Mondrian. Ensemble, ils inventent l'art abstrait.
Kandinsky et Mondrian
réalisent des œuvres qui expriment simultanément le « temps
intérieur » de l’artiste et le « temps extérieur » de la société, notamment les spectateurs. Ils
tentent de matérialiser leurs émotions à travers leurs œuvres d'art. Pour Kandinsky,
la couleur est en relation avec la forme : "Des
couleurs aiguës dans une forme pointue tel que le jaune dans un triangle, et
des couleurs profondes renforcées, intensifiées, par les formes rondes tel que
le bleu dans un cercle."
Les trois principales
formes d’abstraction en peinture
L’abstraction géométrique
Elle exprime une organisation de l’espace, par des lois de construction
édictées par les artistes, ou par simple recherche de pureté allant parfois
jusqu’au dépouillement complet, comme l’a fait Malévitch
en 1910 en peignant un carré noir sur fond blanc. Il s’agit d’approches
formelles qui soulignent un équilibre, un dépouillement pour susciter le calme,
l’aboutissement, l’accord avec soi, ou le vide.
Les
représentants de ce courant sont Mondrian et Malevitch pour les fondateurs,
puis en Europe : Gottfried Honegger, Nemours, Buren...
L’abstraction décorative
Un décor peut-être autonome : indépendant de son environnement. Il
peut constituer une œuvre à part entière
sans chercher à exprimer un concept autre qu’esthétique. Il s’agit parfois d’un
exercice de style.
Les
artistes concernés sont Vasarely, Poliakoff, Rougemont.
L’abstraction lyrique
Elle repose sur la liberté de l’expression et l’absence de règles.
L’abstraction lyrique cherche à susciter des sentiments, des émotions ;
son vœu est de donner à réfléchir. La sensibilité de l’artiste, son caractère,
son histoire sont les moteurs de son expression artistique : ces œuvres sont
donc signifiantes.
Beaucoup d’historiens d’art considèrent l’abstraction lyrique comme « la
plus belle et la plus profonde avancée de la peinture contemporaine ».
Elle a débouché certaines variantes : la peinture gestuelle (Pollock,
Mathieu...), ou l’art informel (Fautrier, Hartung...).
Kandinsky
est le fondateur de ce mouvement. Il réapparaît un demi-siècle plus tard en
Europe avec Nicolas de Staël, Bazaine, Fautrier, Fontana, Bissière, Atlan,
Michaux, Zao Wou-Ki, Soulages…
L’abstraction
aujourd’hui
Il
n’existe pas de mouvement abstrait exclusif. Certains artistes s'expriment de
manière figurative, ou abstraite, parfois les deux à la fois. Désormais
reconnue dans le monde artistique, l’abstraction est devenue un style parmi d’autres.
Elle reste pourtant un mode d’expression difficile d’accès pour le plus grand
nombre…
Les
peintures de Gilles Pho s’inscrivent dans la continuité de l’abstraction
lyrique : il en propose une version onirique et poétique.
Bibliographie :
Wassily Kandinsky, Du spirituel dans l’art, et dans la peinture
en particulier, Denoël, Paris, 1989.
Hans Jaffé, Histoire générale de la peinture, Flammarion, Paris, 1968.
Patrick-Gilles Persin, Michel Ragon et Pierre Descargues,
L'Envolée lyrique, Paris 1945-1956, Musée du Luxembourg, Paris et Skira, Milan, 2006, 280 p.
Michel Ragon, Cinquante ans d’art vivant (1950 – 2000),
Fayard, Paris, 2001.
Contact presse : Saverio Tomasella, 04 92 98 09 17.